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Archive mensuelle de février 2025

L’industrie, un combat pour notre pays.

Une campagne à mener pour le PCF, pour la gauche, pour la France, pour les travailleurs.

https://www.pcf.fr/industrie_combat_pour_pays_et_pour_parti?utm_campaign=communistes_1030&utm_medium=email&utm_source=pcf

Article publié dans CommunisteS, numéro 1030 du 19 février 2025.

Pas de peuple sans Nation

Une très belle intervention de Fabien Roussel :

https://www.youtube.com/watch?v=la4wINOT0Ko

Un texte de Didier LESCHI sur l’immigration

Il est frappant, dès que l’on débat d’immigration, de voir à quel point ceux qui contestent la légitimité du sujet essaient de nous faire accroire qu’il n’y aurait rien de nouveau sous le soleil. Il faudrait penser comme une évidence que l’Europe peut être l’arche de Noé des perdants d’une mondialisation dominée par des États autoritaires ou illibéraux. Qu’elle peut être le refuge de tous ceux qui veulent fuir la faillite des régimes ayant trahi les espérances portées par les révolutions décoloniales. Et que nous pourrions espérer en une société heureuse parce que créolisée, grâce conférée par toutes les diversités, qu’aucune frontière n’est légitime à arrêter.
Mais voilà, le réel rattrape nos débats. Et pour cause. Au moment où l’Europe dominait le monde, par le fer autant que par ses innovations, où elle était le lieu d’élaboration et de diffusion de pensées nouvelles et émancipatrices, elle était aussi un lieu d’émigration. Elle a peuplé le monde. Encore en 1960, au moment des indépendances, elle demeurait deux fois plus peuplée que l’Afrique. Aujourd’hui, ce temps est passé. Sa puissance, économique comme démographique, s’est échappée au moment même où elle est confrontée à un désir d’Occident sans limite. Il en résulte qu’il n’y a jamais eu autant d’immigrés en Europe qu’aujourd’hui – de deux à six fois plus qu’en Asie, en Afrique ou en Amérique latine, en proportion de la population. C’est un fait que l’Europe est ouverte aux différences humaines, culturelles et cultuelles, alors que, dans le Sud, la tendance est à la fermeture, plus ou moins prononcée, à tous les genres de diversité.
L’Europe est accueillante, et cela se sait. Dans aucune autre zone du monde, l’hospitalité n’est si développée, même lorsque l’on a traversé les frontières de façon clandestine. En France, nous mettons à disposition de tout nouvel arrivant nombre de services publics, de l’école à la santé en passant par la sécurité, ou encore l’accès au logement social, afin de favoriser le regroupement familial. Cela sans mesurer si la personne a déjà contribué à l’effort collectif qui permet l’existence de ce bien-être. Et nous ouvrons largement notre nationalité, bien plus que d’autres pays d’Europe.
L’État social peut-il accueillir tous ceux qui y aspirent et donner droit à toute personne de s’installer où elle le souhaite, même lorsque sa situation ne relève pas d’un besoin de protection ? Est-il légitime de réguler les frontières par la contrainte ? Peut-on éluder qu’une part de l’immigration, souvent la moins qualifiée, aggrave des difficultés sociales qu’elle subit plus qu’elle n’en est responsable ? Peut-on fermer les yeux sur le fait qu’en France, selon l’Insee [Institut national de la statistique et des études économiques], le taux de pauvreté des immigrés est de 30,6 % et que les immigrés représentent 21 % des personnes pauvres – une réalité qui accentue la pression sur nombre de dispositifs sociaux ou des services publics ? Peut-on ignorer que ce taux de pauvreté pèse sur une offre de logement social insuffisante, sur des services de soins déjà sous tension et au sein d’écoles où la mixité des conditions fait défaut ?
Il est reproché à ceux qui se posent de telles questions de faire des immigrés les boucs émissaires de nos difficultés. De mauvaises pensées existent, et il faut les condamner. Mais cela ne peut constituer une excuse pour ne pas aborder la question sociale de l’immigration, comme le font une partie des populations résidant dans des zones protégées de la charge de l’accueil.
Comme argument suprême pour ne pas aborder frontalement la question de l’immigration, on nous répond que nous aurions besoin de bras afin de compenser notre hiver démographique. C’est en partie vrai. Tous les Etats membres de l’Union européenne sont en concurrence pour capter les travailleurs qualifiés de pays auxquels ils vont manquer. Cette captation est d’autant plus avantageuse, et injuste, que nous n’aurons pas supporté le poids des formations de ces ingénieurs, de ces médecins, etc. Une sorte de prédation de cerveaux, mâtinée de bons sentiments, est à l’œuvre avec un soutien patronal intéressé. Et il y a ceux, assignés aux métiers particulièrement pénibles, qui participent, malgré eux, surtout quand ils sont sans papiers, au démantèlement des statuts salariés dans le cadre d’une exploitation ubérisée.
Pourquoi éluder les difficultés de l’intégration ? Pourquoi ne pas combattre clairement des idéologies qui remettent en cause nos acquis sociétaux, qui animent des individus qui considèrent qu’en assassinant leur voisin, ou des juifs, ils iront au paradis ?
Se refuser à considérer les effets de l’anomie sociale qui rend plus difficile l’intégration, c’est mépriser ceux sur qui pèse le poids de l’accueil des immigrations, et consolider l’espace politique de ceux que l’on prétend combattre. Ignorer l’angoisse légitime des catégories populaires, pour qui l’Etat social est le bien le plus précieux – quand ce n’est pas le seul bien – et qui ont peur que la somme des pauvretés ne réduise la part de chacun, c’est ne pas comprendre l’attachement aux luttes qu’il a fallu mener pour que cet Etat existe.
La raison sensible des peuples leur dit que les migrations, issues des chaos du monde, peuvent déconstruire les sociabilités au profit de multitudes au sein desquelles le repli sur des communautés d’origines empêche toute convergence dans des causes communes leur permettant de continuer à faire peuple. Se refuser à comprendre ces inquiétudes, c’est se refuser à débattre de l’essentiel au mépris des plus démunis d’entre nous.

Boualem Sansal : Prix international de la Laïcité 2018.

Rappel de son intervention lors de la remise des prix 2018 :

« La laïcité est un chemin de liberté et de paix qui n’interdit ni la tradition ni la religion »

Madame le Maire de Paris
Mesdames et messieurs,

Je voudrais, si vous le permettez, me tourner en premier vers les membres du Jury du prix de la Laïcité, vers sa présidente, Madame Françoise Laborde et vers le président du Comité Laïcité et République, Monsieur Jean-Pierre Sakoun, pour les remercier du fond du cœur pour avoir fait de moi le lauréat 2018 du Prix international de la Laïcité et les assurer de ma profonde gratitude.

Je le sais, et j’en tire une fierté d’autant plus grande, votre geste dépasse ma personne : il honore et encourage toutes celles et tous ceux qui dans nos pays, l’Algérie, et le Maghreb plus largement, se battent durement pour faire avancer l’idée que la laïcité est un chemin de liberté et de paix, de progrès et d’ouverture, qui n’interdit ni la tradition ni la religion, au contraire, le respect qu’elle voue à toutes les croyances les protège également et leur ouvre au surplus des perspectives nouvelles d’épanouissement. Une croyance est d’autant plus forte et agissante qu’elle s’inscrit dans ce processus constant de connaissance de soi et d’ouverture sur les autres. Je vous remercie pour celles et ceux que vous honorez à travers moi et, auxquels croyez-moi je transmettrai votre message.

Je reviens vers vous tous, Mesdames et Messieurs, pour vous dire quelques mots sur la laïcité. Je ne suis pas particulièrement qualifié pour ce faire, étant né et vivant dans un pays qui ne connaît pas la laïcité, ni la démocratie, ni même le plus simple état de droit. J’en ai quand même une certaine connaissance que j’ai tirée de ma longue et attentive observation de la France et de sa fameuse laïcité, et que je voudrais tant voir se diffuser dans nos pays que la religion et la tradition gouvernent beaucoup trop étroitement pour les laisser entrevoir l’intérêt d’un peu de modernité pour améliorer leur quotidien et enrichir leurs aspirations.

J’ai aussi découvert, avec un regret certain, que la laïcité en France semblait ces derniers temps ne plus faire unité et unanimité comme elle l’a fait jusque-là. C’est un grand dommage. Ce serait la fin d’un grand rêve. La laïcité française serait l’objet de tentatives de révision diverses et variées toutes bien argumentées en première apparence, qui entendent l’inscrire dans une autre perspective, plus religieuse que civile. Ce qui peut se concevoir, pourquoi pas, rien n’est définitivement scellé. J’ai aussi entendu bien des gens, de plus en plus nombreux, dire qu’il serait bon que la France se dote d’une laïcité à la carte dans laquelle chaque religion puiserait ce qui lui convient. Ceci aussi peut se concevoir, pourquoi pas, il suffit d’accepter ce qui immanquablement en découlera, des conflits religieux en chaîne et une communautarisation totale de la société.

Le deuxième constat est que de tous côtés la France est sommée de renoncer à sa spécificité. Elle l’est par ceux des siens qui se reconnaissent maintenant une autre identité que française et elle l’est par les institutions internationales, comme la cour européenne de justice, la cour internationale de justice, par la commission des droits de l’homme de l’Onu, par la ligue islamique mondiale, et par des Etats prescripteurs tout-puissants que sont l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Iran, e d’autres encore.

Au vu de cela, la question se pose : la France peut-elle vivre sans sa spécificité et sa laïcité ? A mon avis non, elle serait vite colonisée, elle doit donc les défendre avec force. C’est la mission que le CLR s’est donnée, mais comme on dit en Algérie, une main seule ne peut pas applaudir.

Merci au CLR, merci à son jury, merci à vous tous Mesdames et Messieurs.




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