Non à la généralisation du travail le dimanche

Le conseil de Paris a, ce matin, refusé l’extension du travail le dimanche. Ci-dessous mon intervention.

Monsieur le Maire, 

Tout d’abord, au nom des élues républicaines-socialistes je tiens à féliciter Madame Lyne Cohen-Solal pour l’excellent travail qu’elle a mené avec sérieux et méthode dans le cadre du groupe de concertation. Pour la première fois, nous disposons d’un panorama complet et instructif, permettant de se positionner sur le travail dominical.  Désormais l’heure du choix politique a sonné. Pour chacun de nos groupes. Chacun des élus que nous sommes.  Cela ne vous étonnera pas : les élues républicaines-socialistes qui n’étaient déjà pas très favorables au travail le dimanche soutiennent, sans aucune réserve, le positionnement clair et fort du Maire de Paris.    

Il s’agit d’un soutien fondé sur la raison : ce qui sort de ce rapport c’est que les seuls bénéficiaires de l’extension des zones touristiques à Paris seraient les grands magasins. Ils l’admettent eux-mêmes : cela augmenterait leur chiffre d’affaires de 5 à 7 %. Je ne fais que reprendre les propos de Paul DELAOUTRE, directeur des Galeries Lafayette ; or si cela suffit à une grande surface pour dégager des bénéfices, c’est fort loin d’être le cas pour le petit commerce, qui aurait besoin d’une augmentation de 20 % de son chiffre d’affaires pour rentabiliser une ouverture dominicale.     L’argument développé par Paul DELAOUTRE sur les 600 CDI soi-disant créés est spécieux : l’argent qui permettrait de créer ces emplois serait pour l’essentiel un transfert de la consommation des petits commerces familiaux vers la grande distribution. Or, plus l’entreprise est grande moins le nombre d’emplois nécessaires est important. La preuve en est que le tissu français d’emploi relève, pour l’ultra majorité, des PME-PMI.  Une diminution des emplois stables sur l’ensemble de Paris et donc à l’augmentation de la précarité seraient donc à craindre… et pour l’éventuelle création de quelques emplois à temps partiels des plus précaires, ce qui, vous vous en doutez ne fait pas partie de nos objectifs.  Je n’ai personnellement jamais cru que le choix d’une destination était lié à l’ouverture des magasins le dimanche. L’intérêt de ces ouvertures est bien sûr de profiter de la présence sur le sol de personnes ayant déjà fait leur choix pour augmenter les propositions de consommation.    Faire croire que la concurrence internationale sur les destinations touristiques est liée à l’ouverture dominicale n’est pas sérieux. Croyez-vous qu’il existe un seul touriste disant à sa compagne ou son compagnon : « J’aimerais voir la ville lumière, la Tour Eiffel, Montmartre, le musée du Louvre, etc. » et que son compagnon ou sa compagne lui réponde « Mais voyons, c’est impossible, certains magasins ne sont pas ouverts le dimanche ! ».    On vient à Paris pour sa prestigieuse dimension culturelle et festive. La consommation sur les Champs-Élysées correspond à un plus, pour la symbolique qu’ils représentent. Donc, en effet, les magasins des Champs doivent rester ouverts. Mais qu’est-ce qui justifie leur classement en zone touristique plutôt qu’en PUCE « Périmètre d’Usage et de Consommation Exceptionnels » ?    

Si l’ouverture le dimanche est si importante pour l’intérêt financier des grands magasins, pour quelles raisons leurs salariés ne bénéficieraient-ils pas des mêmes garanties que ceux situés hors zones touristiques ?    La droite nous dit : « mais les salariés ont envie de travailler le dimanche, les magasins ont envie d’ouvrir le dimanche, tout le monde est pour ouvrir le dimanche à part les élus de gauche ! ». Eh bien soyez cohérents, demandez avec nous l’extension des PUCE aux zones touristiques ! Puisqu’il n’y a pas de problèmes ! Puisque selon vous il n’y a pas d’intérêts contradictoires entre patrons et travailleurs, votez donc notre voeu !     D’ailleurs poussez votre logique jusqu’au bout et siégeons le dimanche pour montrer l’exemple ! Quoi ? nous verrions encore moins nos familles ? Nous avons le droit à du temps libre pour flâner sur les quais de Seine le week-end ? Pour rencontrer des amis, ceux qui ne travaillent pas le dimanche ?  Pourquoi les salariés n’auraient-ils pas les mêmes droits ? Mais votre logique c’est de banaliser le dimanche ce jour de repos qui est une conquête sociale.    A gauche, voyez-vous, nous pensons que le travail est important. Qu’il est un des moyens d’émancipation. Mais nous ne pensons pas qu’il est une valeur en soi. Nous ne pensons pas que la vie, de qui que se soit, doive se limiter à cet horizon.  Avoir accès à la culture cela passe par des jours de repos. Avoir une vie sociale et familiale cela nécessite d’avoir, pour la quasi unanimité des Parisiennes et des Parisiens, le même jour de liberté dans la semaine que les Franciliens. C’est même une nécessité nationale du fait de l’éclatement des familles lié à l’adaptabilité des salariés suivant l’évolution des bassins d’emplois.   Bref, nous ne voyons pas pourquoi la qualité de vie, les relations sociales et familiales des salariés doivent être sacrifiées au nom des bénéfices des grands magasins. Et nous ne croyons pas que fermer les commerces de proximité, en optant pour une mesure favorable aux grandes surfaces, est nécessité par l’air du temps. Alors même que tout le monde, y compris le MEDEF, y compris le gouvernement, sait pertinemment que le tissu de l’emploi relève des PME-PMI. Le reste n’est que chantage et chimère.    En pleine crise sociale, la gauche a autre chose à faire que de privilégier les nantis ! Oui, Monsieur Lebel, maire du 6ème, la gauche se réfère toujours à l’esprit du Front populaire : elle est pour les congés payés et la retraite à 60 ans et elle est contre la généralisation du travail le dimanche ! 

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